Activités économiques et territoires (2004)

Ouvrages thématiques

DATAR. MORVAN Y.

Activités économiques et territoires (2004)

La Tour d'Aigues : Editions de l'aube, 2004. 184 p., bibliogr.
(« Monde en cours/série Bibliothèque des territoires »). 18€

 

Fiche de lecture

On retiendra de cet ouvrage, entre autres, deux séries de réflexions, l’une portant sur l’émergence de nouvelles formes d’organisation des territoires, l’autre sur de nouveaux éléments d’une politique d’aménagement du territoire.

 

L’émergence de nouvelles formes d’organisation des territoires

Des tendances lourdes influent sur la relation entre activités économiques et territoires, au premier rang desquelles l’insertion croissante de la France dans les mouvements internationaux d’investissements. Dans ce contexte, l’insertion internationale des territoires est fonction des déterminants locaux de leur compétitivité et de leur degré de spécialisation.

Un double processus est mis à jour : de délocalisation, aux dépens des territoires producteurs de biens à faible valeur ajoutée et compétitivité-coût, et de relocalisation, au profit de territoires riches en « externalités » ( R et D, formation, infrastructures…). Cinq séries d’évolutions se dessinent :

 

  • interdépendance croissante entre activités locales, nationales, européennes et internationales ;
  • disjonction croissante entre les espaces de souveraineté et les espaces économiques et sociaux ;
  • facteurs cumulatifs de l’intérêt porté aux territoires : économiques, mais aussi et de plus en plus politiques et culturels ;
  • renforcement des inégalités entre les territoires (des populations et des revenus) ;
  • constitution de nouveaux cadres politiques et administratifs (communautés, pays, structures interrégionales…) et de nouveaux processus de gestion (décentralisation, développement durable…).

La décentralisation favorise une plus grande autonomie des territoires, et permet de développer tous les facteurs de localisation, au risque de les banaliser et de provoquer une concurrence accrue entre les territoires et une « overdose » d’équipements, avec quelques conséquences majeures :

 

  • poursuite de la péri urbanisation ;
  • maintien ou renforcement des inégalités territoriales ;
  • accroissement de la polarisation géographique des activités industrielles ;
  • consécration du rôle-moteur des villes sur l’organisation générale des territoires.

L’économie de la redistribution (des biens, mais surtout des revenus) prenant le pas sur l’économie de la production, la géographie des revenus modèle la géographie des territoires. Ce sont les critères de temps et d’accessibilité qui l’emportent sur le critère de distance : cette évolution entraîne un renforcement des stratégies de réseaux, une accélération des mobilités, une influence croissante de l’économie « résidentielle », dans le contexte d’une congestion relative des infrastructures, d’une réglementation européenne incontournable et d’une montée des préoccupations environnementales : la notion même de « développement durable » ne doit-elle pas conduire à une hiérarchisation des politiques publiques ?

 

De nouveaux éléments d’une politique d’aménagement des territoires

A un « âge d’or » de la politique d’aménagement du territoire, des années 1950 au milieu des années 1970, pendant lesquelles l’a emporté le rêve républicain de l’égalité et d’uniformité des territoires, a succédé un temps de repli et d’incertitudes de 1975 à 1995, où la politique de défense de l’emploi et de l’ajustement structurel a pris le pas sur la politique d’aménagement et d’atténuation des disparités interrégionales. Les années 1995-2003 sont marquées par le retour des territoires et le temps des partenariats

Le regard porté sur les territoires a cependant évolué dans le temps. La seule politique de compensation n’apparaît plus comme la plus efficace. Les territoires sont devenus des lieux de création des activités et de définition d’une compétitivité, structurés par des résidents pourvus de revenus, plus que les découpages administratifs qui composent le cadre de l’action territoriale de l’Etat.

La notion de « capital territorial » qui émerge rend compte de cette évolution, dans le contexte d’une multiplication des espaces de référence et des niveaux de décision. Si Les « nouveaux territoires » qui se dessinent deviennent les acteurs de leur propre développement, la fragmentation des actions qui y concourent, comme la diversité des objectifs et des composantes d’un politique d’aménagement et de développement durable des territoires conduit à poser la question de la mise en cohérence des choix publics (locaux, nationaux, européens) en la matière.

Entre la contrainte, dimension désormais historique de l’action de l’Etat - dans ces domaines comme dans bien d’autres -, et la concurrence entre les territoires, il y aurait place pour le contrat, c’est-à-dire le renforcement de la compétitivité globale, la valorisation de chaque territoire, le renforcement de leur attractivité sur d’autres bases que le seul raisonnement fiscal. L’ensemble devrait s’appuyer sur une vision géographique de la prise en compte du fait territorial : la redéfinition désormais inéluctable des relations entre l’Etat et les collectivités, la structuration de l’offre territoriale, le développement des réseaux d’acteurs et l’organisation de la cohérence géographique et politique des choix publics.

 

 

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